La première séance

Avant la première séance, il y a eu tellement de choses : prendre la décision d’aller voir « un psy », oui mais quel psy ? Demander une adresse, à son médecin, à des amis, avoir le numéro du psy dans sa poche, son portefeuille, pendant une semaine, un mois, voire même des années. Et puis, le coup de téléphone, l’accueil plus ou moins chaleureux au bout du fil, le rendez-vous immédiat ou plus lointain, le cabinet facile d’accès ou au contraire au milieu de nulle part, en pleine campagne… Et nous voilà, enfin, à cette première séance !

Pour moi, la première séance avec un nouveau patient est toujours source de curiosité. J’ai en tête l’appel téléphonique qui nous a permis de prendre rendez-vous, je sais en général le prénom et le nom de ce nouveau patient, et par quel biais, il me contacte (médecin, site internet, ami, etc.). Et c’est tout. C’est tout un monde qui s’ouvre à moi.

Cette première séance est l’occasion de faire connaissance. Le patient expose la raison de sa venue, l’évènement déclencheur, me pose des questions. Si il n’en pose pas (cela arrive), je vais quand même me présenter, présenter ma manière de travailler dans les grandes lignes. Nous allons commencer à dessiner notre cadre thérapeutique, qui sera réajusté dans les prochaines semaines (la durée de la séance, la fréquence, le tarif, etc.). Souvent quand le patient parle de ce qui l’amène à me rencontrer, s’amorce déjà un mouvement thérapeutique, qui là encore grandira et s’affirmera par la suite

Comment ressort-on de cette première séance ? Cela dépend de l’alchimie de cette rencontre, de pourquoi on vient aussi… Enthousiasmé, déçu, frustré (l’heure est passée trop vite), dans l’expectative, soulagé, un peu plus léger…

Choisir son psy

Voir un psy ? Oui, mais lequel ? Comment s’y retrouver ? C’est LA question du début, et… on s’y perd, c’est vrai !

Je suis gestalt thérapeute, c’est à dire que j’ai une formation approfondie en psychologie, psychopathologie, et sur les outils thérapeutiques gestaltistes. J’ai aussi suivi une thérapie personnelle, en individuel et en groupe.

Mais un psy, ça peut être gestalt-thérapeute, et aussi un psychiatre, un psychologue, un psychothérapeute, un psychanalyste, un psychopraticien, etc. Certains besoins vous amèneront à consulter spécifiquement un de ces professionnels, et d’autres besoins vous permettront un choix plus large.

En particulier, il y a deux besoins spécifiques qui vous amèneront à une prise en charge ciblée : la maladie mentale et les bilans psychologiques. Cette prise en charge peut être couplée à un travail avec d’autres thérapeutes, avec succès, d’ailleurs. Mais la prise en charge par d’autres professionnels seuls s’avèrera insuffisante.

La maladie mentale est diagnostiquée et suivie par un psychiatre. Le psychiatre est médecin. Il peut donc prescrire des médicaments et faire un suivi de l’évolution de la prise médicamenteuse, de son dosage et de ses interactions éventuelles. Cette prise en charge psychiatrique s’adresse à des personnes ayant une maladie mentale telle que la schizophrénie, la dépression sévère, des troubles bipolaires, etc. Un thérapeute peut conseiller à la personne qu’il accompagne un suivi psychiatrique, quand il suspecte une maladie mentale (que seul le psychiatre peut diagnostiquer).

Les bilans psychologiques sont établis par des psychologues qui ont une formation universitaire. Ces bilans peuvent contenir des tests de performance, de comportement ou d’évaluation clinique. Il arrive que l’école conseille aux parents un bilan de leur enfant, que seul le psychologue peut établir. Il conseillera ensuite une prise en charge psychologique adaptée.

Bien entendu, le travail psychothérapeutique est loin de se cantonner à ces deux besoins très spécifiques. Contrairement à une idée répandue, voir un « psy », ce n’est pas être « fou ».
Il existe de multiples raisons d’aller voir un psy : faire le point sur sa vie, surmonter un échec vécu difficilement, traverser une crise existentielle, comprendre une tristesse diffuse, être accompagné dans un vécu de deuil, remettre du mouvement dans sa vie que l’on sent figée, etc. Et pour ça, les psychothérapeutes, gestalt-thérapeutes, psychopraticiens, psychanalystes sont formés à cet accompagnement. Nous avons tous nos spécificités, et nos formations propres. Déontologiquement, nous avons suivi une formation approfondie en psychologie, psychopathologie et psychothérapie. Nous avons aussi suivi une psychothérapie personnelle et nous engageons à être supervisé pendant toute notre pratique professionnelle.

Alors ? Comment choisir son psy ?

Le travail thérapeutique se fait toujours autour d’une rencontre : la rencontre entre le psy et son patient / client. Choisir son psy nécessite déjà de le rencontrer : la première séance (et quelques unes ensuite) détermine si le travail ensemble est possible. C’est l’occasion de voir comment on se sent avec le psy, dans son cabinet. Il ne faut pas hésiter à poser des questions, sur sa formation, sur la thérapie, sur la façon dont il est supervisé, etc. En tout état de cause, faites confiance à votre ressenti. Si vous vous sentez accueilli, si le praticien est clair dans ses réponses, c’est bon signe… et n’hésitez pas à rencontrer plusieurs personnes, peut être que le courant passera mieux avec l’une d’entre elles.

Burn out des soignants

Dans mon cabinet, je reçois beaucoup de soignants ou plutôt de soignantes : infirmières, assistantes sociales, auxiliaires de vie, aides-soignantes, puéricultrices, etc.

Les raisons de leur venue ne sont pas forcément en lien avec leur métier, mais il est vite abordé. Et pour la plupart, c’est un espace de grand questionnement, voire même de grande souffrance : comment savoir si je fais bien ? Si je fais trop ? pas assez ? le nez dans la guidon, se dessine la perte de sens de ce métier fait pour aider les autres. Est-ce que j’assiste trop ? Est-ce que j’ai encore envie d’aider ? Pour certaines, c’est l’épuisement qui pointe, avec cette perte de sens. Tout donner, c’est trop donner.

Je suis frappée de leur solitude par rapport à ces questionnements. La plupart ne partagent pas avec leurs collègues, pensant être les seules à vivre cela. Et l’entreprise ne facilite pas ce partage : point d’espace d’analyse de pratique, peu ou pas de réunion d’équipe, et rarement pour se questionner ensemble sur le fond du métier de soignant.

Mais l’espace thérapeutique permet de prendre le temps de sentir, de trouver des réponses, de prendre du recul. Quel soulagement que ce temps pour réfléchir à son métier, à son rapport à l’aide, à son rapport aux soignés…

La théorie paradoxale du changement

Cette théorie est détaillée dans un texte très intéressant de Arnold Beisser, disponible en anglais et en français.

En voici un petit extrait :

[…] Le gestalt-thérapeute rejette le rôle de « changeur », car sa stratégie est d’encourager, voire de pousser, le patient à être ce qu’il est, là où il est. Il croit que le changement ne se fait ni en « essayant », ni par la contrainte, la persuasion, la perspicacité, l’interprétation ou tout autre moyen similaire. Au contraire, le changement peut se produire lorsque le patient abandonne, au moins pour le moment, ce qu’il voudrait devenir et tente d’être ce qu’il est. La prémisse est que la personne doit se tenir à un seul endroit afin d’avoir appui solide pour se déplacer et qu’il est difficile, voire impossible, de se déplacer sans cet appui.
[…]

En gros, je ne peux changer que ce que j’ai accepté.

Le travail thérapeutique en gestalt permet cette acceptation, cette compréhension de soi, et le changement se produit alors sans vraiment le vouloir.

C’est cette expérience que nous proposons dans notre groupe : vivre comment nous sommes, là où nous sommes. Nous proposons d’explorer, chercher, trouver, expérimenter ses propres points d’appuis, sans forcer, sans chercher à être quelqu’un d’autre, en vérité et respect envers soi-même. Nous savons, par expérience, que c’est grâce à cela que les ailes se déploient pour aller vers plus de liberté dans sa vie propre.

Un peu de théorie, les fonctions du self

Voici le détail des fonctions du self, évoquées dans un précédent article. Chaque fonction intervient sur l’ensemble du cycle mais de manière plus ou moins importante selon la phase en cours.

Ces fonctions sont les suivantes :

Le mode Ça :

Il intervient surtout en début de cycle. C’est tout ce qui émerge en sensations, émotions, besoin au niveau corporel principalement. Ce n’est pas quelque chose que la personne souhaite, « ça lui arrive » : c’est donc un mode essentiellement passif.

« Le mode Ça comporte cet instinct de vie, cet élan vital qui nous pousse et nous tire vers le monde. »[1]

« L’expérience des désirs se fait sur le registre du Ça. Le corps constitue le fond et les frontières de l’organisme sont estompées s’accompagnant d’un ressenti d’unité océanique avec le contexte vital dans lequel il est inscrit. C’est un état de réceptivité à tous les possibles avec sentiment diffus d’un flot vital se déroulant sans intervention active. »[2]

Le mode Moi :

Ce mode est le mode de la décision. C’est le Moi qui fait le tri entre les informations du Ça et les informations du mode Personnalité.

« Les désirs, les pulsions du Ça sont identifiés et traités par le Self sur le registre du Moi.» [2]

Il se mobilise pour l’action choisie, il décide.

Ce mode intervient principalement dans la phase de mise en contact.

Le mode Moyen :

C’est sur ce mode que se joue le plein contact. C’est un mode où l’organisme donne autant qu’il reçoit. On est dans le lâcher-prise. Il y a libre circulation de l’énergie. C’est un mode d’abandon, l’attention délibérée est diminuée.

La fonction Personnalité :

C’est « la mémoire intégrée, assimilée, acceptée, reconnue de l’expérience antérieure du Self ». [2]

C’est tout ce qui nous définit. Quand on est dans ce mode, on emploie des phrases comme « je suis cela et ceci ». C’est ce que je pense que je suis.

« C’est l’image de soi »[2]

Cette fonction intervient principalement à la fin du cycle, dans le moment d’assimilation. L’intégration de l’expérience vécue alimente la fonction Personnalité.

[1] MASQUELIER-SAVATIER Chantal (2008), Comprendre et pratiquer la Gestalt-thérapie, p 115

[2] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 28 à 30

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Les livres sur lesquels s’appuie cet article :

comprendre et pratiquer masquelier

salathe

Un peu de théorie, le cycle du contact gestaltiste

Le cycle du contact est un élément central de la théorie du Self, théorie qui définit la Gestalt.

Ce cycle décrit les étapes suivies par chaque personne pour vivre le contact : avec une autre personne, une émotion, etc.

Je reprends ici le schéma de Noël Salathé [1]:

 

cyclecontact_Salathé

Le cycle est composé de trois phases :

  • Emergence :

Ou encore « le pré-contact ».

La phase d’émergence commence dans un vide fertile. L’organisme est au repos. « C’est sur ce fond que progressivement émerge une figure menant à la manifestation du désir. »[2]

« Dans l’éventualité de la co-présence simultanée de plusieurs désirs, il va falloir établir (…) un ordre de priorité, pour traiter d’abord celui qui émerge comme forme dominante sur le fond constitué de tous les désirs. »[3]

  • Le contact :

Cette phase est composée de deux parties :

– La mise en contact : C’est la phase où le besoin est identifié. Un choix se fait, l’organisme se mobilise pour aller vers l’environnement.

– Le plein contact : C’est une « période d’accomplissement durant laquelle l’énergie se décharge »[3]. La frontière est abolie. C’est un moment nourrissant où organisme et environnement prennent et donnent en même temps.

  • Le retrait
    Ou Post-contact :

C’est la phase où on se dégage peu à peu du contact. Cela permet d’assimiler l’expérience, de l’intégrer.

« Je digère mon action et vais redevenir disponible pour une nouvelle forme. »[4]

Le cycle du contact est éphémère, il a une durée limitée dans le temps et dans l’espace : cela est bien montré dans le schéma ci-dessus, avec le cercle composé d’une succession de cycles.

Lors de ces différentes phases, le « self », que l’on définit par la modalité d’être en contact à tout instant, y déploie ses différentes fonctions, ses différents « modes de relation au monde » [4]. Chaque fonction intervient sur l’ensemble du cycle mais de manière plus ou moins importante selon la phase en cours. Ces fonctions sont connues sous le nom de mode Ça, mode Moi, mode Moyen et fonction Personnalité. Elles feront l’objet d’un prochain article.

 

[1] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 48

[2] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 23

[3] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 24

[4] MASQUELIER Gonzague (2008), La Gestalt aujourd’hui, Choisir sa vie, p 54

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Les livres sur lesquels s’appuie cet article :

La gestalt aujourd'hui

 

 

 

salathe

Deuil

Nous avons tous perdu un être cher. Et parfois même plusieurs. Lorsque le deuil s’invite dans nos vie, nous connaissons les fameuses étapes mises en lumière par Elisabeth Kübler-Ross : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et enfin l’acceptation. Ces étapes se parcourent dans l’ordre ou le désordre, dans la totalité ou seulement quelques unes, et le fait d’avoir passé une étape ne nous empêchera de devoir s’y confronter à nouveau un jour, éventuellement. Cela dépend des personnes en deuil, de la relation qu’elles avaient avec la personne disparue. Ces étapes servent surtout de repères. Elles permettent de se dire que la période traversée est normale et que non, on n’est pas un monstre quand la colère monte contre le défunt qui ne peut se défendre.

Le deuil peut aussi se traverser lors de période de notre vie où nous affrontons la fin de quelque chose : quand un licenciement nous jette hors d’un travail dans lequel on s’épanouissait, quand le petit dernier part du foyer, mettant fin à la vie de famille telle que nous la connaissions depuis quelques décennies, quand la retraite arrive, ou qu’une maladie grave nous plonge dans un monde jusque là inconnu. Beaucoup d’autres situations peuvent nous amener à nous sentir endeuillé, endeuillé d’une partie de notre vie d’avant, endeuillé d’une partie de nos rêves et ambitions.

« Faire son deuil », pour quiconque confronté à la mort, est une expression qui n’a pas de sens. C’est l’expression de ceux qui prennent de la distance avec la situation, pour ne pas se sentir trop touché… « Il faut que tu fasses ton deuil », comme un impératif à passer à autre chose, à la vie qui continue, au rythme effréné du quotidien, alors que la perte nous plonge dans un autre monde qui, nous le constatons avec étonnement, continue à fonctionner malgré tout.

Arriver de l’autre côté de ces moments endeuillés, ce n’est pas tourner la page, oublier. C’est arriver à vivre, et non plus à survivre, avec ces pertes. C’est retrouver de la sérénité et de l’apaisement. Il n’y a pas de recette, c’est un processus lent et douloureux, et chacun trouve ses propres clés pour y arriver.

Entreprendre un travail thérapeutique dans ces moments-là peut permettre de se sentir accompagné, alors que bien souvent, le sentiment de solitude de la personne endeuillée est très fort. Dans l’espace thérapeutique, il est possible de parler de la personne disparue et d’être écouté de longs mois ou années après le décès. Il est possible d’être accueilli dans son chagrin, de pleurer, non plus seul chez soi, mais en lien une autre personne, le thérapeute, qui est là avec toute son humanité, son cadre bienveillant, sécurisant et contenant. La thérapie permet d’accepter là où on en est, parfois de mettre du sens à se qu’il s’est passé ou d’autres fois à en accepter l’absence de sens.

Movie A Dog’s Purpose (2017)