Choisir son psy

Voir un psy ? Oui, mais lequel ? Comment s’y retrouver ? C’est LA question du début, et… on s’y perd, c’est vrai !

Je suis gestalt thérapeute, c’est à dire que j’ai une formation approfondie en psychologie, psychopathologie, et sur les outils thérapeutiques gestaltistes. J’ai aussi suivi une thérapie personnelle, en individuel et en groupe.

Mais un psy, ça peut être gestalt-thérapeute, et aussi un psychiatre, un psychologue, un psychothérapeute, un psychanalyste, un psychopraticien, etc. Certains besoins vous amèneront à consulter spécifiquement un de ces professionnels, et d’autres besoins vous permettront un choix plus large.

En particulier, il y a deux besoins spécifiques qui vous amèneront à une prise en charge ciblée : la maladie mentale et les bilans psychologiques. Cette prise en charge peut être couplée à un travail avec d’autres thérapeutes, avec succès, d’ailleurs. Mais la prise en charge par d’autres professionnels seuls s’avèrera insuffisante.

La maladie mentale est diagnostiquée et suivie par un psychiatre. Le psychiatre est médecin. Il peut donc prescrire des médicaments et faire un suivi de l’évolution de la prise médicamenteuse, de son dosage et de ses interactions éventuelles. Cette prise en charge psychiatrique s’adresse à des personnes ayant une maladie mentale telle que la schizophrénie, la dépression sévère, des troubles bipolaires, etc. Un thérapeute peut conseiller à la personne qu’il accompagne un suivi psychiatrique, quand il suspecte une maladie mentale (que seul le psychiatre peut diagnostiquer).

Les bilans psychologiques sont établis par des psychologues qui ont une formation universitaire. Ces bilans peuvent contenir des tests de performance, de comportement ou d’évaluation clinique. Il arrive que l’école conseille aux parents un bilan de leur enfant, que seul le psychologue peut établir. Il conseillera ensuite une prise en charge psychologique adaptée.

Bien entendu, le travail psychothérapeutique est loin de se cantonner à ces deux besoins très spécifiques. Contrairement à une idée répandue, voir un « psy », ce n’est pas être « fou ».
Il existe de multiples raisons d’aller voir un psy : faire le point sur sa vie, surmonter un échec vécu difficilement, traverser une crise existentielle, comprendre une tristesse diffuse, être accompagné dans un vécu de deuil, remettre du mouvement dans sa vie que l’on sent figée, etc. Et pour ça, les psychothérapeutes, gestalt-thérapeutes, psychopraticiens, psychanalystes sont formés à cet accompagnement. Nous avons tous nos spécificités, et nos formations propres. Déontologiquement, nous avons suivi une formation approfondie en psychologie, psychopathologie et psychothérapie. Nous avons aussi suivi une psychothérapie personnelle et nous engageons à être supervisé pendant toute notre pratique professionnelle.

Alors ? Comment choisir son psy ?

Le travail thérapeutique se fait toujours autour d’une rencontre : la rencontre entre le psy et son patient / client. Choisir son psy nécessite déjà de le rencontrer : la première séance (et quelques unes ensuite) détermine si le travail ensemble est possible. C’est l’occasion de voir comment on se sent avec le psy, dans son cabinet. Il ne faut pas hésiter à poser des questions, sur sa formation, sur la thérapie, sur la façon dont il est supervisé, etc. En tout état de cause, faites confiance à votre ressenti. Si vous vous sentez accueilli, si le praticien est clair dans ses réponses, c’est bon signe… et n’hésitez pas à rencontrer plusieurs personnes, peut être que le courant passera mieux avec l’une d’entre elles.

La théorie paradoxale du changement

Cette théorie est détaillée dans un texte très intéressant de Arnold Beisser, disponible en anglais et en français.

En voici un petit extrait :

[…] Le gestalt-thérapeute rejette le rôle de « changeur », car sa stratégie est d’encourager, voire de pousser, le patient à être ce qu’il est, là où il est. Il croit que le changement ne se fait ni en « essayant », ni par la contrainte, la persuasion, la perspicacité, l’interprétation ou tout autre moyen similaire. Au contraire, le changement peut se produire lorsque le patient abandonne, au moins pour le moment, ce qu’il voudrait devenir et tente d’être ce qu’il est. La prémisse est que la personne doit se tenir à un seul endroit afin d’avoir appui solide pour se déplacer et qu’il est difficile, voire impossible, de se déplacer sans cet appui.
[…]

En gros, je ne peux changer que ce que j’ai accepté.

Le travail thérapeutique en gestalt permet cette acceptation, cette compréhension de soi, et le changement se produit alors sans vraiment le vouloir.

C’est cette expérience que nous proposons dans notre groupe : vivre comment nous sommes, là où nous sommes. Nous proposons d’explorer, chercher, trouver, expérimenter ses propres points d’appuis, sans forcer, sans chercher à être quelqu’un d’autre, en vérité et respect envers soi-même. Nous savons, par expérience, que c’est grâce à cela que les ailes se déploient pour aller vers plus de liberté dans sa vie propre.

Un peu de théorie, le cycle du contact gestaltiste

Le cycle du contact est un élément central de la théorie du Self, théorie qui définit la Gestalt.

Ce cycle décrit les étapes suivies par chaque personne pour vivre le contact : avec une autre personne, une émotion, etc.

Je reprends ici le schéma de Noël Salathé [1]:

 

cyclecontact_Salathé

Le cycle est composé de trois phases :

  • Emergence :

Ou encore « le pré-contact ».

La phase d’émergence commence dans un vide fertile. L’organisme est au repos. « C’est sur ce fond que progressivement émerge une figure menant à la manifestation du désir. »[2]

« Dans l’éventualité de la co-présence simultanée de plusieurs désirs, il va falloir établir (…) un ordre de priorité, pour traiter d’abord celui qui émerge comme forme dominante sur le fond constitué de tous les désirs. »[3]

  • Le contact :

Cette phase est composée de deux parties :

– La mise en contact : C’est la phase où le besoin est identifié. Un choix se fait, l’organisme se mobilise pour aller vers l’environnement.

– Le plein contact : C’est une « période d’accomplissement durant laquelle l’énergie se décharge »[3]. La frontière est abolie. C’est un moment nourrissant où organisme et environnement prennent et donnent en même temps.

  • Le retrait
    Ou Post-contact :

C’est la phase où on se dégage peu à peu du contact. Cela permet d’assimiler l’expérience, de l’intégrer.

« Je digère mon action et vais redevenir disponible pour une nouvelle forme. »[4]

Le cycle du contact est éphémère, il a une durée limitée dans le temps et dans l’espace : cela est bien montré dans le schéma ci-dessus, avec le cercle composé d’une succession de cycles.

Lors de ces différentes phases, le « self », que l’on définit par la modalité d’être en contact à tout instant, y déploie ses différentes fonctions, ses différents « modes de relation au monde » [4]. Chaque fonction intervient sur l’ensemble du cycle mais de manière plus ou moins importante selon la phase en cours. Ces fonctions sont connues sous le nom de mode Ça, mode Moi, mode Moyen et fonction Personnalité. Elles feront l’objet d’un prochain article.

 

[1] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 48

[2] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 23

[3] SALATHE Noël (1995), Psychothérapie existentielle, une perspective gestaltiste, p 24

[4] MASQUELIER Gonzague (2008), La Gestalt aujourd’hui, Choisir sa vie, p 54

——————————————————————————

Les livres sur lesquels s’appuie cet article :

La gestalt aujourd'hui

 

 

 

salathe

Deuil

Nous avons tous perdu un être cher. Et parfois même plusieurs. Lorsque le deuil s’invite dans nos vie, nous connaissons les fameuses étapes mises en lumière par Elisabeth Kübler-Ross : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et enfin l’acceptation. Ces étapes se parcourent dans l’ordre ou le désordre, dans la totalité ou seulement quelques unes, et le fait d’avoir passé une étape ne nous empêchera de devoir s’y confronter à nouveau un jour, éventuellement. Cela dépend des personnes en deuil, de la relation qu’elles avaient avec la personne disparue. Ces étapes servent surtout de repères. Elles permettent de se dire que la période traversée est normale et que non, on n’est pas un monstre quand la colère monte contre le défunt qui ne peut se défendre.

Le deuil peut aussi se traverser lors de période de notre vie où nous affrontons la fin de quelque chose : quand un licenciement nous jette hors d’un travail dans lequel on s’épanouissait, quand le petit dernier part du foyer, mettant fin à la vie de famille telle que nous la connaissions depuis quelques décennies, quand la retraite arrive, ou qu’une maladie grave nous plonge dans un monde jusque là inconnu. Beaucoup d’autres situations peuvent nous amener à nous sentir endeuillé, endeuillé d’une partie de notre vie d’avant, endeuillé d’une partie de nos rêves et ambitions.

« Faire son deuil », pour quiconque confronté à la mort, est une expression qui n’a pas de sens. C’est l’expression de ceux qui prennent de la distance avec la situation, pour ne pas se sentir trop touché… « Il faut que tu fasses ton deuil », comme un impératif à passer à autre chose, à la vie qui continue, au rythme effréné du quotidien, alors que la perte nous plonge dans un autre monde qui, nous le constatons avec étonnement, continue à fonctionner malgré tout.

Arriver de l’autre côté de ces moments endeuillés, ce n’est pas tourner la page, oublier. C’est arriver à vivre, et non plus à survivre, avec ces pertes. C’est retrouver de la sérénité et de l’apaisement. Il n’y a pas de recette, c’est un processus lent et douloureux, et chacun trouve ses propres clés pour y arriver.

Entreprendre un travail thérapeutique dans ces moments-là peut permettre de se sentir accompagné, alors que bien souvent, le sentiment de solitude de la personne endeuillée est très fort. Dans l’espace thérapeutique, il est possible de parler de la personne disparue et d’être écouté de longs mois ou années après le décès. Il est possible d’être accueilli dans son chagrin, de pleurer, non plus seul chez soi, mais en lien une autre personne, le thérapeute, qui est là avec toute son humanité, son cadre bienveillant, sécurisant et contenant. La thérapie permet d’accepter là où on en est, parfois de mettre du sens à se qu’il s’est passé ou d’autres fois à en accepter l’absence de sens.

Movie A Dog’s Purpose (2017)